• Corine Depeyrot

La charrue avant les boeufs

Mis à jour : févr. 7


Où comment faire du sur-place

Il y a un despotisme ambiant (ou une prise de pouvoir inconsciente a minima) qui n’épargne malheureusement pas le développement (inter)personnel et que certains professionnels du Bien-être véhiculent. Et qui rend très malheureux les personnes en quête, en chemin spirituel ou tout simplement qui ont envie d’aller “mieux “ et qui ont le sentiment - à raison - de ne pas avancer assez vite à leur goût. Les idées, oui, super, mais concrètement, rien ne se passe comme prévu dans votre vie.


Que l’on se rassure, nous sommes tous à la même enseigne : si l’on connaissait le quart du tiers de la vie des Mentors, on s’apercevrait qu’il y a très souvent un gouffre entre l’idée que nous nous faisons ou qu’ils nous vendent d’une vie sereine, équilibrée, et la réalité factuelle de leur quotidien.


La raison en est très simple, la plupart d’entre nous voulons mettre la charrue avant les bœufs. Tout étant à portée de main ou de clic, nous mélangeons et piochons allègrement des concepts aussi riches que variés. En voici un certain nombre, mais la liste n’est pas exhaustive :


- Les vies antérieures (C’est pas moi qui suis responsable, c’est mon aïeule. Qui d’ailleurs était une princesse égyptienne. C’est plié)


- Ho’ oponopono (Le pardon à toutes les sauces et en toutes occasions. C’est réglé)


- “Tout est parfait. Tout est bien”. (Accepter sans broncher. Celui-là , c’est le top de la soumission ! C’est décérébré)


- Guérir son enfant intérieur. (Et s’il arrive en quatrième position, c’est le pompon, vous ne ferez pas entrer un cercle dans un triangle ! C’est terminé)


- Aimer, c’est développer un amour inconditionnel et une compassion à toutes épreuves. (N’étant pas Sœur Emmanuelle, nous nous sentons tellement ridicule, minable, paumé avec notre amour à deux balles. L’idée, oui. Mais dans notre quotidien, définitivement, nous en sommes loin. C’est râpé)


- L’attachement, c’est pas bien. (Dans une société ultra individualiste et narcissique, ça tombe drôlement bien ! Les peuples autochtones ont l’attachement chevillé au coeur car bizarrement leur survie en dépend. C’est biaisé)


- L’autonomie et l’indépendance affectives sont les clés de la zénitude. Ne rien attendre de personne. Donner sans recevoir ... ( “Tu l’as fait pour toi, non ? vous dit -on non sans une certaine perversité lorsque vous rappelez juste l’aide que vous avez apporté “ . Çà c’est le deuxième top ! Devenez une serpillière, frustrée de surcroît car le monde ne vous dira même pas merci. C’est liquidé)


- Ne pas juger, en toutes circonstances, en toutes occasions. (Juger une situation ou une personne en persiflant alors que cela ne nous concerne pas, ma grand-mère appelait déjà cela faire la concierge aux ragots. Nous n’avons rien inventé. C’était déjà “mal “ au temps des catéchismes. Juger une situation qui NOUS concerne s’appelle tout simplement “en penser quelque chose de notre point de vue “. C’est rusé)


- Le Maître apparaît quand l’élève est prêt. (Grosse ambiguïté sur cette phrase. Porte ouverte à tous les gourous installés sur leur piédestal. Il ne s’agit en vérité que de nous. C’est futé)


- Rencontrer son animal Totem qui aura toutes les réponses ( De préférence l’Aigle ou l’Ours. Moi j’ai rencontré une blatte. C’est abusé !)


Un chemin de transformation, d'évolution, de guérison intérieure est d’abord et avant tout un chemin difficile de lucidité, de responsabilité et d’honnêteté.


C’est peu à peu ôter nos masques de protection, de survie, de défenses contre des agressions réelles ou imaginées de l’extérieur. C’est prendre le pari fou qu’en étant soit- même, profondément soi-même, nous irons mieux, que cela sera plus facile, plus harmonieux, plus serein, que notre vie prendra un sens et s’inscrira dans le grand Livre de la vie (pas moins !) .


Peut-être, un jour... Mais en attendant, on trépigne, on se plaint, on désespère d’y arriver un jour, on continue à penser que le monde ne tourne pas rond, on ne voit pas de résultats, ou si peu, et on est de plus en plus mal.


Nous voulons connaitre la Lumière, baigner en Elle, rêver à Elle, nous inspirer d’Elle. Les années 80 et 90 nous ont expliquées que le syndrome du Prince charmant était une belle stupidité pour nous les filles et pour vous messieurs que Superwoman Working Girl n'allait pas tenir 10 ans à ce rythme-là. Soit. OK.


Alors tout le monde a rangé sagement ses utopies dans les pertes sans les profits de son imagination fantasmagorique. Et dans cet espace devenu vacant, nous tentons d'y faire entrer ... la Lumière.


Comme une promesse de vie meilleure, une amie qu’il faut apprivoiser, séduire, cajoler, caresser. Que je sois un bon gars ou une bonne fille, et la Lumière me sera offerte. Mais tout aussi inaccessible et vain car cette idée n’est que le fruit de notre mental bien huilé aux tâches scolaires. Nous avons pourtant bien appris notre leçon, pourquoi n'avons-nous pas 20/20 dans la vie ?


Parce qu’on ne peut pas faire l’économie des travaux pratiques. Pas juste une fois sur la paillasse du labo, ni à l’occasion d’un we entre surdoués de la zénitude, mais tous les jours, jusqu’à ce que cela devienne non pas notre seconde nature, mais NOTRE nature.


Aller sur un chemin d' évolution personnelle, c’est apprendre à voir. À commencer par nos zones d’ombre. Ce n’est pas facile. Très dérangeant pour l' ego. Voir, non pas dans la culpabilité, mais dans l’acceptation. Cela ne se fait pas en une séance, ni même en dix. Cela peut prendre plusieurs années pour les plus résistants.


Et tous ces concepts lumineux se mettront alors en place sans même que nous nous en rendions compte, sans l’avoir décidé. Car ils sont la conséquence de ce travail sombre et inconfortable préalable. Non la source.


La lumière est la charrue, oui, dans laquelle nous pourrons y mettre tout ce qui fait sens pour nous. Mais nos bœufs sont à apprivoiser avant tout le reste.

C'est joyeux ou c'est joyeux ?

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